Vastaa Viestiin

Dernière lettre d'Eugène à Léonie, avant d'être fusillé en 1917

jgsagnier
jgsagnier
Viestit: 2
Sukupuu: Ei-graafinen
Tarkastele heidän sukupuutaan.
Bonjour,
je viens aborder un sujet qui est plutôt en parallèle de la généalogie, mais qui peut sans doute y trouver réponse.
J'ai vu sur plusieurs sites internets la transcription d'une lettre celle de Eugène, poilu condamné à mort, à son aimée Léonie. Elle aurait été écrite le 30 mai 1917, et l'on retrouve ce texte facilement. Mon soucis est qu'il n'y a jamais aucune source de citée, et je ne retrouve aucun Eugène pouvant correspondre sur les diverses listes de fusillés en 1917 (même en tenant compte du fait que Eugène peut ne pas être son premier prénom).
Quelqu'un en aurait-il entendu parler et aurait des informations sur cette personne?
Auriez vous des pistes pour rechercher d'une part l'origine de cette lettre, d'autre part savoir qui est Eugène?
Je suis débutant en généalogie, mais je découvre de nombreuses informations grâce à Généanet, cependant, je ne maitrise pas tout et je ne suis pas historien. J'aime juste aller au bout des choses et vérifier mes sources, hors cette lettre semble ne jamais en avoir...

Une copie de la lettre telle qu'elle est publiée :

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Le 30 mai 1917

Léonie chérie
J’ai confié cette dernière lettre à des mains amies en espérant qu’elle t’arrive un jour afin que tu saches la vérité et parce que je veux aujourd’hui témoigner de l’horreur de cette guerre.

Quand nous sommes arrivés ici, la plaine était magnifique. Aujourd’hui, les rives de l’Aisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversée, brûlée. Le paysage n’est plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchées de première ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelés, c’est la guerre des mines avec la perspective de sauter à tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, épaisse, collante dont il est impossible de se débarrasser. Les tranchées s’écroulent sous les obus et mettent à jour des corps, des ossements et des crânes, l’odeur est pestilentielle.
Tout manque : l’eau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillés, la galetouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid à cause de la longueur des boyaux à parcourir. Nous n’avons même plus de sèches pour nous réconforter parfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous réchauffer.
Nous partons au combat l’épingle à chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffés d’un casque en tôle d’acier lourd et incommode mais qui protège des ricochets et encombrés de tout l’attirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participé à des offensives à outrance qui ont toutes échoué sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissé exténués et désespérés. Les malheureux estropiés que le monde va regarder d’un air dédaigneux à leur retour, auront-ils seulement droit à la petite croix de guerre pour les dédommager d’un bras, d’une jambe en moins ? Cette guerre nous apparaît à tous comme une infâme et inutile boucherie.
Le 16 avril, le général Nivelle a lancé une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un échec, un désastre ! Partout des morts ! Lorsque j’avançais les sentiments n’existaient plus, la peur, l’amour, plus rien n’avait de sens. Il importait juste d’aller de l’avant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes d’accès boisées, étaient rudes .Perdu dans le brouillard, le fusil à l’épaule j’errais, la sueur dégoulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausée. Un vrai charnier s’étendait à mes pieds. J’ai descendu la butte en enjambant les corps désarticulés, une haine terrible s’emparant de moi.
Cet assaut a semé le trouble chez tous les poilus et forcé notre désillusion. Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de l’état major. Tous les combattants désespèrent de l’existence, beaucoup ont déserté et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter à déposer les armes. La semaine dernière, le régiment entier n’a pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchée, nous avons refusé de continuer à attaquer mais pas de défendre.
Alors, nos officiers ont été chargés de nous juger. J’ai été condamné à passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombée : je vais être fusillé pour l’exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d’obtempérer. En nous exécutant, nos supérieurs ont pour objectif d’aider les combattants à retrouver le goût de l’obéissance, je ne crois pas qu’ils y parviendront.
Comprendras-tu Léonie chérie que je ne suis pas coupable mais victime d’une justice expéditive ? Je vais finir dans la fosse commune des morts honteux, oubliés de l’histoire. Je ne mourrai pas au front mais les yeux bandés, à l’aube, agenouillé devant le peloton d’exécution. Je regrette tant ma Léonie la douleur et la honte que ma triste fin va t’infliger.
C’est si difficile de savoir que je ne te reverrai plus et que ma fille grandira sans moi. Concevoir cette enfant avant mon départ au combat était une si douce et si jolie folie mais aujourd’hui, vous laisser seules toutes les deux me brise le cœur. Je vous demande pardon mes anges de vous abandonner.
Promets-moi mon amour de taire à ma petite Jeanne les circonstances exactes de ma disparition. Dis-lui que son père est tombé en héros sur le champ de bataille, parle-lui de la bravoure et la vaillance des soldats et si un jour, la mémoire des poilus fusillés pour l’exemple est réhabilitée, mais je n’y crois guère, alors seulement, et si tu le juges nécessaire, montre-lui cette lettre.
Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahi et la France va nous sacrifier.
Promets-moi aussi ma douce Léonie, lorsque le temps aura lissé ta douleur, de ne pas renoncer à être heureuse, de continuer à sourire à la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle. Je vous souhaite à toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous méritez et que je ne pourrai pas vous donner. Je vous embrasse, le cœur au bord des larmes. Vos merveilleux visages, gravés dans ma mémoire, seront mon dernier réconfort avant la fin.

Eugène ton mari qui t’aime tant
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Merci d'avance de votre aide et de vos renseignements.

Jan-Guy

psaliou
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Viestit: 11636
Sukupuu: Graafinen
Tarkastele heidän sukupuutaan.
Bonjour,

Faute de copie de l'original, ce document n'a guère de valeur même s'il est une transcription d'un document authentique.

Je pense à un "excercice de style" qui aurait pu servir à argumenter dans une recherche de réhabilitation des fusillés pour l'exemple.
Je doute que l'exécution de 7 hommes le 31 Mai 1917 dans l'Aisne soit passé inaperçue d'autant plus que les autorités militaires en faisaient propagande pour marquer les esprits.
Tant que cette affaire n'est pas confirmée par des documents fiables, il vaut mieux rester prudents.

Cette phrase est, à mes yeux, à analyser. A ma connaissance, les soldats (les Hommes) ne s'appelaient pas ainsi quand ils parlaient d'eux-mêmes:
"Cet assaut a semé le trouble chez tous les poilus et forcé notre désillusion"
Kenavo,
Pierre

jgsagnier
jgsagnier
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Sukupuu: Ei-graafinen
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Oui, je dois bien avouer que j'ai des doutes sur la véracité de cette lettre, mais qui est pourtant utilisée pour des discours plus ou moins officiels (maires ici et là), citée par pas mal de sites internet.
Le vocabulaire utilisé me fait douter qu'elle puisse avoir été écrite pendant la grande guerre, et ne trouvant aucune source, aucune image, aucun nom et aucun rapport avec un groupe de 7 fusillés, je recherche à savoir si elle est vraie ou "imaginaire"...
Merci de cette première réponse.

psaliou
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Viestit: 11636
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jgsagnier kirjoitti:
12 Marraskuu 2018, 14:31
...
Oui, je dois bien avouer que j'ai des doutes sur la véracité de cette lettre, mais qui est pourtant utilisée pour des discours plus ou moins officiels (maires ici et là), citée par pas mal de sites internet.
...
Ce qui en soit est loin d'être une référence....
Kenavo,
Pierre

simongulaire
male
Viestit: 2
Bonjour, vous trouverez "l'original" de la lettre ici : http://chrystelyne.over-blog.com/article-5805252.html
Il s'agit bien d'un faux réalisé dans le cadre d'un blog d'écriture.

Cordialement

psaliou
psaliou
Viestit: 11636
Sukupuu: Graafinen
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Bonsoir,
Merci de cette confirmation, mon intuition était bonne, c'est rassurant de ne pas toujours tomber dans le panneau.
Il faudra penser, lors des prochaines commémorations, à signaler ce subterfuge à ceux qui seraient tentés d'en faire usage.
Kenavo,
Pierre

nbernad
nbernad
Viestit: 6351
https://fr.geneawiki.com/index.php/Guerre_1914-1918_~_Les_fusill%C3%A9s_de_la_Premi%C3%A8re_Guerre_mondiale

Dans l'Aisne, un seul fusillé en 1917 et il ne se prénomme pas Eugène

Le seul Eugène présent est fusillé en 1915

NB: il me semble qu'on pouvait accéder aux résultats sur Mémoire des Hommes mais la recherche n'aboutit pas :oops:

Les Poilus ne se désignaient pas eux-mêmes par ce nom, mais ils le connaissaient et certains l'employaient:

http://www.histoire-passy-montblanc.fr/histoire-de-passy/de-la-prehistoire-au-xxie-s/la-guerre-de-1914-1918/a-la-recherche-des-poilus-de-passy/origine-et-sens-du-mot-poilu/

Le terme « poilu » au sens de « soldat » est attesté dans le Petit Robert à partir de 1910, à partir de « poilu », brave, 1899, les poils étant le signe de la virilité.
Le Dictionnaire historique de la langue française, dir. Alain Rey, Dictionnaires Le Robert, 1992, précise que le mot « poilu » a « développé le sens figuré de « fort, courageux » (1833 chez Balzac), passant dans l’argot militaire, et ce avant la guerre de 1914-1918, substantivé au masculin, au sens d’ « homme brave, qui n’a pas froid aux yeux » (1897) ; pendant cette guerre, il est devenu synonyme de « combattant » (1915), surtout parmi les civils de l’arrière. »
Nadine

"Si la vie est éphémère, le fait d'avoir vécu une vie éphémère est un fait éternel. ": Vladimir JANKELEVITCH
" L'avenir est un présent que nous fait le passé. " André MALRAUX

simongulaire
male
Viestit: 2
En effet, cette lettre ne correspond pas pour un tas de raisons, internes comme externes. En remontant à La source il y a quelques temps j’avais identifié que la lettre (qui date de 2007) avait été reprise d’abord par des groupes d’extreme Gauche anticapitalistes avant d'être diffusée dans les classes par des professeurs puis reprises dans des commémorations officielles. Morale de l’histoire : le présent construit le passé bien plus que l’inverse ...

Vastaa Viestiin

Palaa sivulle “Nos ancêtres dans la Grande Guerre”